Interview – Narcos « Savoir comment faire des Hits, c’est ce qui fait gagner des sous et c’est pareil partout »

Aux portes de Paris, à Montreuil plus précisément. Dans les sous-sols du Sound Off Recording Studio, les entités du duo de beatmakers Narcos terminent de déguster leur Kebab avant de se mettre au boulot. Ce soir là, Chapo et French doivent avancer sur des prods destinées à de célèbres artistes, Young Thug, entre autres. Et ce qui paraitrait fou pour tout amateur de Rap, semble anodin pour Chapo et French. Travailler avec des grands noms de la scène Hip-Hop, est devenu leur habitude. Migos, Lil Durk, Chief Keef, 21 Savage, Lil Uzi Vert, pour ne citer qu’eux, ont tous posé leur voix sur les prods de Chapo et French. Non pas pour poser nos voix, mais à l’occasion d’un entretien exclusif, le duo Narcos nous a accueilli dans son labo où de nombreux hits ont trouvé naissance…

Chapo

Quand avez-vous créé Narcos ?

Chapo – On a créé notre duo Narcos mi 2015, on bossait déjà ensemble depuis 2014, mais sous nos noms respectifs.

Comment s’est faite votre rencontre et pourquoi vous êtes-vous dit que vous deviez travailler ensemble ?

Chapo – Nos managers respectifs nous ont présenté. On s’est rencontré en studio, on a fait des morceaux et depuis trois ans, on bosse tous les jours.

Dans un duo de beatmakers, comment se passe la réalisation des prods? Chacun en travaille une de son côté et vous les signez sous le même nom, ou avancez-vous ensemble sur la même instru ?

Chapo – Ça dépend, je peux très bien commencer une idée. Il fignole et on la termine ensemble, ou l’inverse. Sinon, lorsqu’on est ensemble, chacun est sur son truc.

Vos influences diffèrent certainement, pouvez-vous nous parler de celles-ci ?

Chapo – En ce qui me concerne, elles sont principalement urbaines. Je n’ai pas été spécialement influencé par tout ce qui est pop ou autres musiques… J’étais plus Hip-Hop, Rnb. Le Crunk à l’époque où j’ai commencé, le Dirty et légèrement la Dancehall, mais pas le Zouk.

French – Pour ma part, j’ai plus été influencé par la musique Pop, Rock, à la base. Tout ce que mes parents écoutaient, donc du Rock pas mal de temps. Toute mon adolescence en réalité, jusqu’à 16, 17 ans. Ensuite, j’ai écouté du rap vers les années 2000. Après, le Trap, je l’ai pris dans la gueule dès son arrivée vers 2004. Avec Chapo, il y a des points sur lesquels on se rejoint au niveau des influences. Et c’est aussi sur nos différences que l’on s’apporte ce petit plus dans les prods.

French

Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler à deux ?

Chapo – Les avantages sont surtout en termes de quantité. Le rendement est beaucoup plus important qu’une personne qui va travailler seule. On peut en faire plus de 60 par mois tandis qu’un beatmaker seul en fera la moitié. En fait, on produira deux fois plus que ce que les autres peuvent faire. En termes de points négatifs, il n’y en a pas spécialement. On n’a pas de gros égos donc on peut s’accorder facilement lorsqu’il y a des modifications à faire. On communique beaucoup.

French – C’est bien lorsque l’un n’a pas trop d’inspiration, peut-être que l’autre va démarrer une chose qui peut inspirer. On va se donner la force comme lorsqu’on est dans une équipe. On parle, on progresse beaucoup, on avance plus vite.

Chapo – Nos différences font aussi notre avantage justement .

Vous avez travaillé avec des grands noms de la scène Hip-Hop, aussi bien américaine que française, comment se font les connexions, américaines notamment ?

Chapo – Principalement sur internet, surtout au début, sur les réseaux sociaux. Twitter a été le meilleur réseau social qu’on puisse trouver. Il y aussi les mails car l’envoi se fait toujours par mail. En réalité, Twitter ce n’était que pour récupérer des adresses. Au fur et à mesure des contacts qu’on se fait, on échange d’autres adresses mails. Bien sur, il y a les rencontres également. On voyait directement les mecs en studio. Lorsque je suis arrivé à Paris, j’ai commencé à rencontrer les artistes en live. Quand il y a le contact direct, tout est plus facile, l’artiste voit à quoi tu ressembles. Il se rappelle de toi et les choses se font.

Y a t-il une différence dans la manière de procéder avec un artiste américain et un français ?

Chapo – C’est la même chose. La seule différence est qu’avec un français, il y aura plus de facilité à communiquer.

French – Il y aura peut-être aussi des genres de sons que l’on va moins faire pour les français car on sait que ça ne va pas nécessairement marcher ici. Avec les américains on sera peut-être plus expérimental dans le Trap.

En tant que français, est-il difficile de se faire une place, ou on ne regarde pas d’où tu viens dans ce milieu ?

Chapo – Les gens s’en foutent. Tu peux être russe, japonais, espagnol, l’important est d’avoir le son qu’il faut. Les gens ne regardent pas l’origine. Le plus important est de savoir s’exprimer en anglais, mais ils ne calculent pas le reste.

Avant, on avait le sentiment que les beatmakers américains étaient en avance. Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de fossé. Tout le monde peut faire le même genre de beat que les américains. A partir de là, où se fait la différence ?

Chapo – C’est peut-être ça le problème justement. Il n’y plus vraiment de différence. Il n’y a pas spécialement d’identité. Un russe ne va pas faire une prod russe pour un américain. Et avec tout ce concept de typz beat sur youtube, les gens ont tendance à toujours faire les mêmes sons, on entend tout le temps la même chose.

French – C’est vrai, c’est du formatage

Pour vous, est-ce une mauvaise chose ?

French – C’est une bonne et une mauvaise chose. Artistiquement, je ne pense pas que l’on puisse dire que ça soit une bonne chose.

Chapo – C’est clair, le challenge ça reste quand même de sortir son épingle du jeu, donc après, chacun a ses propres armes et fait ce qu’il a à faire. Mais à proprement dit, au niveau de l’urbain, je ne pense pas qu’il y ait un son français qui se diffère forcément du son américain. C’est juste que ce qui se faisait aux Etats-Unis en 2012 se fera maintenant en France. Ce qui se fait aujourd’hui là bas se fera ici en 2019 surement. Voilà la simple différence.

French – Et encore, il y a dix, quinze ans, il fallait acheter les CDs en import, si tu ne les avais pas dans les bacs de la Fnac. Les clips, c’est pareil. Maintenant, avec l’ère internet, tu vois tout en direct. Quand les mecs sortent leurs clips, leurs sappes, leur façon de s’habiller, tu as juste à copier. Même leur manière de parler, si tu as douze-treize ans, ça y est, tu es dans la matrice. C’est peut-être ça le problème mondial au niveau artistique. J’ai l’impression que même les anglais sont en train de perdre leurs sonorités. Ils commencent à faire du kainry en fait. C’est triste, mais lorsque ça marche, on ne va pas s’en plaindre.

Les beatmakers populaires sont reconnaissables à l’écoute de leurs instrus. Est-ce difficile d’avoir sa propre patte ?

Chapo – Oui, c’est difficile car tu es partagé entre le fait de vouloir plaire et le fait de faire ce qui te plaît. Tu ne fais pas forcément ce qui te plaît pour plaire, donc il est compliqué de concilier les deux. Mais une fois que tu as trouvé le bon équilibre. Là, tu trouves ta patte. Ça vient tout seul.

French – L’expérimentation aussi. Faire des choses que tu n’as pas l’habitude de faire…

Chapo – (Il coupe)…Oui, sortir de sa zone de confort aussi, c’est très important.

French – Sinon, tu fais toujours la même chose et tu tournes en rond.

On dit souvent que ce métier est un travail de l’ombre, mais il évolue de plus en plus, avec des beatmakers qui se mettent en avant. Que pensez-vous de ce changement ?

Chapo – Ce n’est pas plus mal, par exemple Lex Luger qui était un grand beatmaker à un moment donné n’a plus le même fame. Désormais, il fait des shows dans le monde entier où il turn up juste sur ses sons. Ça donne simplement des shows Dj et c’est incroyable.

French – Ce n’est pas tant le fait que le beatmaker soit davantage mis en avant, mais son travail est plus reconnu qu’avant.

Chapo – Lorsque tu as un nom en tant que beatmaker, les artistes ne se permettent plus certaines choses. C’est-à-dire que n’importe quel artiste va placer un producer comme par exemple Mike Will, très haut. Le niveau d’estime n’est pas pareil.

French – Voilà, on te respecte lorsque tu as un nom. Tant que tu n’as pas de nom, on s’en fout de toi, donc c’est une très bonne chose.

A titre personnel, êtes-vous intéressés par le fait de vous mettre en avant à travers des compilations ou autres projets ?

Chapo – Oui, c’est lourd ça. Il y a plein de choses en projet. Développer nos artistes, faire des albums, ce serait vraiment la consécration de tout ce que l’on est en train de faire maintenant.

French – C’est un peu le job aussi, de développer des artistes, du son, sortir des projets.

Chapo – C’est complètement la continuité en fait, un up grade du statut de beatmaker à producteur.

French – Faire des beats c’est la base, mais après, il y a toute une organisation, un développement à mettre en place qui est aussi intéressant.

Chapo – Faire des instrus dans sa chambre, tout le monde peut le faire. Tu peux rester quinze ans à faire des prods, mais en étant simplement beatmaker, tu ne vas jamais être reconnu comme un artiste à part entière. Enfin si, plus ou moins, mais tu ne te feras jamais vraiment de nom. Si tu ne te bouges pas, si tu ne vas pas à la rencontre d’artistes, si tu ne cherches pas à faire de projet, personne ne va te reconnaitre comme quelqu’un qui est acteur de ce milieu.

Comment percevez-vous le fait qu’une personne comme Dj Khaled ne produise pas ses beats mais les signe de son nom ?

Chapo – Justement, Dj Khaled est un producteur, c’est-à-dire qu’il n’est pas forcément obligé de composer. Il fait avec les matières premières. Il a un artiste, un beat, et le producteur en fait un morceau. Le producteur fait un morceau, tandis que le beatmaker fait simplement un beat. A partir de là, le fait qu’il ne fasse pas ces prods ne me choque pas. Il ne les a jamais faite de toute façon, à l’époque de « I’m so hood » etc. Il ne les faisait déjà pas. Est-ce qu’il est réellement Dj ? Personne ne le sait. Il est producteur avant tout et c’est une personnalité. Il sait comment faire un Hit.

French – C’est ce qui est vraiment respecté dans le business. Savoir comment faire des Hits, c’est ce qui fait gagner des sous et c’est pareil partout. Khaled il fait des Hits depuis 15 ans.

Chapo – Il permet aussi aux gens de manger. Si demain, il nous appelle pour faire un morceau, on ne va pas rechigner sur le fait que la prod soit à son nom plutôt qu’au notre, parce qu’en réalité il va mettre du beurre dans les épinards.

French – Lorsque tu ouvres ta gueule, tu as du charisme et de la personnalité, que tu sois Dj ou beatmaker, tant que ça fonctionne, c’est bon.

Les américains n’ont pas de mal à parler chiffre, certains beatmakers peuvent vendre leur prods 50 000$ par exemple. Etant donné, qu’il vous arrive de travailler avec des américains et qu’en France le système n’est pas le même, comment cela se passe au niveau du marché ?

Chapo – C’est clair qu’ici on ne t’achètera pas une prod au même prix qu’aux Etats-Unis.

French – Après, tout dépend de l’artiste, sa boîte de prod, son budget. Tu adaptes en fonction des majors, des indépendants par exemple. C’est sur que l’on ne parle pas des mêmes sommes. C’est dix fois plus aux Etats-Unis, en général.

Chapo – La superficie n’est pas la même que la France aussi. Les moyens ne sont pas les mêmes du tout, en termes d’audience également. On ne vend pas la même chose donc les chiffres seront proportionnels à l’audience que ça peut générer.

Ces aspects vous mènent-il à la réflexion de vous exporter totalement ?

French – Mouais, de toute façon maintenant, c’est international tu sais.

Chapo – L’important est de faire ce que l’on aime aussi, mais il sera plus difficile d’en vivre pour le coup. Si tu fais la même chose là bas qu’ici, il y aura forcément plus de retombées financières aux Etats Unis. Mais le plus important est de faire ce qui te plaît. Si produire pour Booba toute ta vie te satisfait par exemple, c’est cool, tu gagneras surement bien ta vie. C’est juste une question de plan de carrière.

Vous préparez le prochain banger de Young Thug avec Drake, pouvez-vous nous en parlez ?

Chapo – Le morceau existe, après, où et quand va-t-il sortir ? Je ne sais pas, personne ne sait.

Comment s’est faite la connexion ?

Chapo – C’est un petit joker que l’on a dans un camp. Il nous a permis de placer pas mal de prods pour Young Thug. Il se trouve qu’un jour French à checker le snapchat de Young Thug et il a entendu notre beat avec la voix de 21 Savage également dessus. Ensuite la meuf de Thug a fait un tweet concernant la partie de Drake sur le son.

Quelle a été votre collaboration la plus marquante ?

French – Young Thug, je pense.

Chapo – Indépendamment, je dirais Migos pour ma part, car cette collaboration m’a réellement ouvert beaucoup de portes. Ca a complètement changer ma carrière. Le morceau « Take Her » pour la mixtape « Rich Nigga Timeline », ce n’était pas un hit hyper marquant mais ça m’a permis de me faire beaucoup plus de contacts.

Dans l’idéal quelle serait la collaboration que vous aimeriez faire ?

Chapo – (rires) Je crois qu’on l’a déjà faite.

French – Sinon il y a Drake ou Future

Chapo – Oui, ça serait bien, ou un artiste pop…

French – (Il coupe) Ouais, Rihanna

Chapo – …Ou Chris Brown aussi

Si l’on vous proposait de sortir totalement de votre registre et travailler avec un artiste variété, par exemple, le feriez-vous ou ça ne correspondrait pas à votre image ?

Chapo – On le fait tout le temps, en réalité. Sortir de notre zone de confort. Je peux te faire écouter des morceaux sur youtube qui ont extrêmement bien fonctionné, et pourtant, c’est de la pop infernale d’un boys band. Jamais tu ne pourrais imaginer que nous sommes derrière ce titre. Je pense donc que ce n’est pas un soucis, si l’on considère que c’est une opportunité, même si on ne sait pas le faire, on va le faire.

Il vous arrive de ne pas aimer une prod que vous avez envoyé ?

Chapo – Moi personnellement, car au début j’avais un problème avec la Pop. Je n’aime pas en écouter, en faire, ça me rebute un peu plus. Après, French, je ne sais pas.

French – J’écoutais ça quand j’étais petit, mais franchement ce n’est pas ce que je préfère. Ce serait plus pour les sous, tu vois. On sait bien qu’à ce moment là, on touche des marchés intéressants. J’aime bien la Pop aussi, mais en faire pendant des heures et des heures, et des jours et des semaines… (Rires) Je vais péter un cable.

Quels sont vos objectifs sur le long terme ?

Chapo – J’aimerais bien faire comme Dj Khaled. Ne plus avoir à composer, c’est-à-dire avoir mon équipe de beatmakers, d’auteurs et faire de superbes morceaux, les sortir en mon nom. Ça serait l’idéal pour moi.

French – Oui pour moi aussi

Chapo – Je pense que c’est de toute façon ce que l’on vise avec Narcos. Partir en tournée avec un Tour Bus… Incroyable, ça serait magnifique.

Pour conclure, si vous aviez un message à faire passer à ceux qui liront cette interview, ou aux beatmakers qui sont dans le milieu, lequel serait-ce ?

French – Sacrifie ta vie pour ça, si tu veux réussir.

Chapo – A un moment, il y a un choix à faire lorsque tu fais de la musique. C’est compliqué et c’est clair qu’au début financièrement et moralement, c’est extrêmement difficile. Tous les jours, tu passes par des échecs, il faut pouvoir faire avec. C’est comme dans tous métiers. Tu peux être auto-entrepreneur, faire ce que tu veux, tu vas rencontrer des échecs. Le plus important est de ne pas lâcher l’affaire.

French – Tu sacrifies tout pour ça et je te jure que si c’est ta voie, tu auras ce que tu dois avoir. Il ne faut pas s’arrêter, jamais,

Chapo – Il n’y a pas de ligne d’arrivée de toute manière…

French – …Il n’y pas de ligne d’arrivée, mais le niveau, il faut le garder.

Propos recueillis par Guyzux & Rudyruds

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